- La mise en demeure est une demande formelle et datée par laquelle un créancier somme un débiteur d’exécuter une obligation (paiement, livraison, travaux…) avant d’envisager une action en justice.
- Elle repose sur les articles 1344 et 1344-1 du Code civil : elle peut prendre la forme d’un acte de commissaire de justice ou d’une lettre (recommandée ou non), et fait courir les intérêts moratoires dès sa réception.
- Envoyée en recommandé avec accusé de réception, elle constitue la preuve de la date à partir de laquelle vous avez agi — c’est l’essentiel de sa valeur pratique.
Avant d’agir en justice pour une facture impayée, un retard de livraison ou des travaux non conformes, la loi attend en général que vous ayez formellement réclamé l’exécution de l’obligation. C’est le rôle de la lettre de mise en demeure. Ce guide explique ce qu’elle doit contenir, comment la rédiger, et vous propose un modèle prêt à compléter.
Qu’est-ce qu’une mise en demeure, et que dit la loi ? #
La lettre de mise en demeure est une demande formelle et datée, adressée par un créancier à un débiteur, afin d’obtenir l’exécution d’une obligation : paiement d’une dette, livraison d’un bien, réalisation de travaux, etc. En droit français, elle est encadrée par les articles 1344 et 1344-1 du Code civil. L’article 1344 prévoit que le débiteur est mis en demeure « soit par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante, soit, si le contrat le prévoit, par la seule exigibilité de l’obligation » — en pratique, une lettre recommandée suffit dans la grande majorité des cas, sans obligation de passer par un commissaire de justice (ex-huissier). L’article 1344-1 précise que la mise en demeure de payer une somme d’argent fait courir l’intérêt moratoire, au taux légal, sans que le créancier ait à justifier d’un préjudice.
- Définition pratique : une demande officielle fixant un délai pour que le débiteur s’exécute.
- Usage fréquent en cas de facture impayée, retard de livraison, travaux non réalisés ou mal exécutés, ou litige de copropriété.
- Elle formalise le litige et constitue une pièce utile devant les juridictions civiles ou commerciales en cas de procédure ultérieure.
Les mentions à inclure dans votre courrier #
Le Code civil n’impose pas de formule légale figée, mais la pratique retient un socle de mentions qui rendent la lettre exploitable en cas de contestation :
À lire Comment rédiger une lettre de mise en demeure pour travaux : conseils pratiques
- La mention « Mise en demeure » dès l’objet du courrier.
- Date et lieu de rédaction.
- Identité et coordonnées complètes du créancier et du débiteur — une lettre incomplète sur ce point s’expose à être contestée.
- Description précise du litige : montant, référence de facture ou de contrat, justificatifs déjà échangés.
- Un délai raisonnable pour que le débiteur s’exécute.
- La mention explicite qu’à défaut de réponse, une action en justice pourra être engagée.
- Le mode d’envoi : recommandé avec accusé de réception, éventuellement doublé d’une signification par commissaire de justice pour les enjeux importants.
Quand la lettre est rédigée par un avocat ou un commissaire de justice, elle mentionne en plus le statut du professionnel et la référence du dossier suivi.
Rédiger le courrier étape par étape #
1. L’entête
Vos coordonnées complètes, puis celles du débiteur, clairement identifiées.
2. L’objet
Formulez-le sans ambiguïté : « Mise en demeure relative au non-paiement de la facture n° … » ou « Mise en demeure de livraison — commande n° … ».
3. L’exposé des faits
Rappelez les circonstances, les dates clés et les relances déjà effectuées, de façon factuelle.
4. La demande formelle
Précisez l’action attendue, le montant exact le cas échéant, et le délai laissé au débiteur pour s’exécuter.
5. La mise en garde
Indiquez qu’à défaut de réponse dans le délai imparti, vous saisirez la juridiction compétente.
6. La clôture
Restez courtois mais ferme, en laissant la porte ouverte à un règlement amiable dans l’intervalle.
Le modèle à recopier #
[Adresse complète]
[Téléphone, email, SIREN]
[Destinataire : nom ou raison sociale du débiteur]
[Adresse complète du débiteur]
Fait à [ville], le [date]
Objet : Mise en demeure de [préciser la nature : paiement, restitution, exécution]
Madame, Monsieur,
Malgré nos relances en date des [indiquez les dates], vous n’avez pas réglé votre obligation portant sur [référence de la facture, du contrat, ou objet précis].
Nous vous mettons par la présente en demeure de [payer la somme de … euros / exécuter …] sous [délai à adapter] à compter de la réception de ce courrier recommandé avec accusé de réception, conformément aux articles 1344 et 1344-1 du Code civil.
Passé ce délai, nous nous réserverons le droit de saisir le tribunal judiciaire compétent pour obtenir le règlement de notre créance.
Vous trouverez en pièce jointe les justificatifs nécessaires : [contrat, facture, échanges antérieurs].
Nous restons disponibles pour examiner toute proposition de règlement amiable.
Cordialement,
[Signature]
Comparatif : qui peut rédiger la lettre, et avec quels effets ? #
Selon l’auteur de la lettre — particulier, entreprise, avocat ou commissaire de justice — la forme et la force probante diffèrent en pratique.
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| Rédacteur | Mentions attendues | Preuve d’envoi | Force probante |
|---|---|---|---|
| Particulier | Identité, adresse, objet, détail du litige, délai, montant | Lettre recommandée (AR) ou remise contre émargement | Doit être complète et prouvée |
| Entreprise | SIREN, cachet, justificatifs commerciaux, mode d’envoi mentionné | Lettre AR, lettre recommandée électronique | Pièce courante au dossier client/fournisseur |
| Avocat / commissaire de justice | Statut professionnel, référence de dossier, mandant, menace légale précise | Lettre AR, acte de commissaire de justice | Renforcée, proche d’une sommation |
Erreurs fréquentes à éviter #
- Vérifier le destinataire, le montant et les références avant l’envoi
- Conserver une copie de la lettre et l’accusé de réception
- Rester factuel et courtois, même en cas d’agacement
- Omettre le délai ou rester vague sur le montant réclamé
- Envoyer en simple courrier, sans preuve de date d’envoi
- Employer des menaces disproportionnées ou injurieuses
Que faire si le débiteur ne répond pas ? #
Passé le délai fixé sans réponse ni règlement, plusieurs voies s’ouvrent selon l’enjeu et l’urgence :
- Saisir le tribunal judiciaire compétent (en général celui du lieu de résidence du débiteur ou de son siège social) pour obtenir une injonction de payer, une injonction de faire, ou engager une assignation classique.
- Recourir à un commissaire de justice, qui peut, après examen du dossier, engager des mesures d’exécution (saisie bancaire, mobilière…).
- Conserver l’ensemble des preuves : accusé de réception, échanges, historique des relances — ces éléments conditionnent l’issue d’une procédure judiciaire.
- La mise en demeure s’appuie sur les articles 1344 et 1344-1 du Code civil et fait courir les intérêts moratoires dès sa réception.
- Envoyez-la toujours en recommandé avec accusé de réception : c’est la preuve de la date qui compte le plus en cas de litige.
- Une mise en demeure ne vaut pas titre exécutoire : elle ne permet pas, à elle seule, de saisir les biens du débiteur.
- En cas d’enjeu important ou de dossier complexe, l’avis d’un avocat ou d’un commissaire de justice reste utile avant d’engager une procédure.
- Ne laissez aucun crochet [ ] dans la version envoyée du modèle ci-dessus.
Questions fréquentes #
Peut-on adresser une mise en demeure par email ?
Une lettre recommandée électronique, lorsqu’elle passe par un service dédié offrant une preuve de dépôt et de réception, a la même valeur qu’un envoi papier. Un simple email sans accusé de réception offre en revanche une preuve de date plus fragile.
Une lettre rédigée à la main est-elle valable ?
Oui, dès lors que toutes les mentions utiles (identité, objet, délai, description du litige) sont présentes et vérifiables.
Peut-on cumuler relances amiables et mise en demeure ?
Oui. La mise en demeure intervient généralement comme l’étape formelle qui suit des relances restées sans effet, avant d’envisager une action judiciaire.
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L’absence de réponse du débiteur vaut-elle reconnaissance de dette ?
Non. Le silence du débiteur ne constitue pas une reconnaissance de dette, mais il peut être relevé comme un élément parmi d’autres en cas de procédure.
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Plan de l'article
- Qu’est-ce qu’une mise en demeure, et que dit la loi ?
- Les mentions à inclure dans votre courrier
- Rédiger le courrier étape par étape
- Le modèle à recopier
- Comparatif : qui peut rédiger la lettre, et avec quels effets ?
- Erreurs fréquentes à éviter
- Que faire si le débiteur ne répond pas ?
- Questions fréquentes
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